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DEMOCRACY & POLITICS – Beyond the textbook (Frederick Golooba-Mutebi, political scientist)

DEMOCRACY & POLITICS – Beyond the textbook (Frederick Golooba-Mutebi, political scientist)

Jean Claude Mugenzi by Jean Claude Mugenzi
September 19, 2026
in PODCAST
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QUAND L’AFRIQUE EST PENSEE TROP VITE!

Rappelez-vous que notre espace, ‘The Deep Take’, se veut un espace pour celles et ceux qui cherchent autre chose que la superficialité, la polémique et le bruit. Un espace où la rigueur académique rencontre les réalités du terrain. Où l’on prend le temps de descendre des grandes théories vers la complexité des sociétés africaines telles qu’elles fonctionnent réellement.

Ma conversation avec Frederick Golooba-Mutebi m’a ramené à une question fondamentale : pourquoi l’Afrique est-elle encore si souvent mal comprise, y compris par des personnes intelligentes [parfois des Africains], bien intentionnées et parfois très documentées? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la manière dont le savoir se fabrique et circule. Le chercheur travaille parfois sur un pays ou une question pendant des mois, voire des années ; souvent le journaliste – alors qu’il ‘leader d’opinion – lui, doit publier maintenant. Il faut être le premier, battre les autres, produire l’actualité avant qu’elle ne devienne déjà l’histoire d’hier. Puis une interprétation devient un « fait », un fait devient une référence, et la référence est reprise par d’autres. Ainsi se construisent et se recyclent des récits qui finissent par acquérir une autorité qu’ils ne méritent pas toujours.

À l’ère du défilement permanent, de l’information instantanée et de cet appareil qui tient presque tout l’univers dans la paume de votre main, qui a encore le temps — et les moyens — de passer des mois à comprendre les réalités africaines avant de prétendre les expliquer ?

La conversation nous a également conduits vers une autre idée, plus inconfortable : la démocratie ne peut pas être réduite à une formule magique. Des élections, des partis et des institutions formelles ne suffisent pas nécessairement à produire des sociétés prospères, stables et capables de répondre aux besoins de leurs citoyens.

L’Afrique précoloniale connaissait déjà, sous des formes diverses, des mécanismes de contre-pouvoir, de consultation et de régulation autour du roi, ou du chef de colline[s]. La question n’est donc pas de nier la démocratie, mais de comprendre comment les institutions fonctionnent réellement dans leur contexte historique et social. Cela conduit naturellement à la question du « développement d’abord ». Certains états africains ont-ils, à certains moments, privilégié la construction d’institutions solides, les infrastructures, l’ordre public et le bien-être, avant d’élargir progressivement l’espace politique ? Et si oui, pourquoi cette possibilité reste-t-elle si difficile à discuter sans immédiatement tomber dans des catégories toutes faites ?

Un passage de notre échange m’a particulièrement marqué : l’idée que les gouvernements existent aussi pour pour amener leurs citoyens à accomplir, ou à veiller, à certaines choses: veiller à la propreté corporelle, imposer des normes sanitaires [y compris avoir une latrine] … Voyons! Golooba-Mutebi me ramène dans l’histoire de son Buganda natal … sous la colonisation, if fallait respecter cela à la lettre, si non ‘s’exposait à une amende, voire à une peine de prison’. Et aujourd’hui une centaine d’années plus tard, l’état doit talonner des gens pour tout cela, en plus d’assurer la sécurité, construire et entretenir des infrastructures?! Cela peut sembler paternaliste — faute d’un meilleur mot — mais cela pose une question essentielle : à quoi sert un état si l’on refuse de lui reconnaître la responsabilité de créer les conditions élémentaires du savoir-vivre et du vivre-ensemble ?

La conversation a également mis en lumière le rapport souvent fécond entre recherche et politique. Le chercheur ne doit pas nécessairement vivre à distance du politique, pas plus que le politique ne devrait être imperméable à la recherche. Mais où en est le troisième acteur — le média? Peut-il encore jouer pleinement son rôle de quatrième pouvoir lorsqu’il privilégie l’immédiateté au détriment de la profondeur, ou lorsqu’il transforme des réalités complexes en récits faciles à consommer ? ‘Keep quiet and dumb down’ nous diraient les Gaffa?!

Et puis demeurent les questions difficiles : identité, ethnicité, réseaux informels, transmission, continuité, loyautés, rapports de pouvoir. Ces « épines » de la politique africaine ne disparaissent pas parce qu’on préfère ne pas en parler. Golooba-Mutebi en analyse sereinement. Comprendre le progrès dans la région, c’est aussi comprendre comment les sociétés négocient avec ces réalités plutôt que de prétendre qu’elles n’existent pas.

Le cas du Rwanda et de l’Uganda revient inévitablement dans ces discussions, en raison d’une histoire partagée et de trajectoires qui, parfois, appellent à la comparaison. Mais comparer n’a de sens que si l’on accepte également les différences de contexte, de choix et d’évolution. Enfin, peut-être y a-t-il une autre question, plus profonde encore : que se passe-t-il lorsque ceux qui prétendent analyser une société sont absolument certains de savoir ce qu’elle est — et de savoir ce qu’elle devrait devenir ?

Cette forme de certitude morale peut habiter l’universitaire, l’activiste, le journaliste ou le politicien. Elle peut empêcher l’écoute, fermer le débat et, paradoxalement, rendre plus difficile le changement qu’elle prétend promouvoir. Changer les mentalités ne consiste peut-être pas à demander aux autres de devenir meilleurs. Comme le disait le Professeur P.L.O. Lumumba dans une formule qui résonne ici : « Don’t ask others to be good; be good yourself »; sans rien enlever à la responsabilité de l’état de gérer la société et lui mettre les ‘balises’ – que vous soyez ‘big government’ ou pas. C’est peut-être aussi cela, au fond, The Deep Take : ne pas prétendre avoir toutes les réponses, mais créer suffisamment d’espace pour poser de meilleures questions — et accepter de laisser la réalité nous obliger à repenser certaines de nos certitudes.

C’est ça.

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